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Paris en chansons
Vaste mémoire collective, la chanson nous renvoie spontanément aux moments les plus forts, les plus authentiques du passé.
J'entends "Lily Marlène" et de sombres bruits de bottes piétinent mon coeur. Je fredonne "Symphonie, symphonie d'un jour..." et je vois Paris délivré!
Quand je dis "Je vois", il ne s'agit pas d'une clause de style, d'une formule toute faite. Je me rappelle vraiment les détails de l'événement tel que je l'ai vécu, la rue où j'étais, le soleil de ce jour-là... Je pourrai dire le nom de celle ou de celui qui m'accompagnait, décrire son visage, ses traits... En une fraction de seconde, je franchis les mois, les années...
La chanson fait chanter notre mémoire.
Yves Montand
L'origine de la SACEM
En 1847, aux Ambassadeurs, le compositeur Ernest Bourget vient applaudir une jeune interprète qui chante avec succès une de ses dernières compositions.
Il est accompagné des compositeurs Victor Parizot et Paul Henrion. Comme c'est l'usage ils consomment tout en regardant le spectacle. Mais quand le garçon se présente pour se faire régler leur addition, ils refusent de payer, prétextant que le propriétaire du café concert utilise leurs oeuvres à son bénéfice.
L'affaire est traitée en justice et le patron des Ambassadeurs est condamné à payer un droit pour l'utilisation des chansons des trois consommateurs compositeurs. C'est de cette action que naît en 1851, la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique) qui compte rapidement 2000 adhérents. Désormais, écrire une chanson ne sera pas seulement un passe-temps, mais un métier.
Histoire de l'internationale
Eugène Pottier
Pierre Degeyter
Eugène Pottier, dessinateur sur tissus, qui mène de front une carrière politique et une vocation de chansonnier engagé écrit un poème en 1871 qui reste ignoré jusqu'en 1887, date à laquelle il publie un recueil de ses oeuvres. Ce poème tombe dans les mains de Delory, futur maire de Lille, qui le recommande à Pierre Degeyter, animateur de la chorale socialiste "La lyre des travailleurs". Ce dernier le met en musique et la chanson est alors propagée par les militants de la Fédération lilloise, notamment au cours du Congrès de Lille en 1896. Mais finalement ce n'est qu'en 1899 qu'elle devient l'hymne du mouvement ouvrier français.
Ce nouvel hymne gagne les autres pays au cours du Congrès de la 2ème Internationale à Stuttgart en 1910 et est définitivement adopté lors des grandes luttes ouvrières du début du siècle (révolte du Potemkine, révolution d'octobre 1917, etc...)
L'internationale
Affiche de l'Internationale
Debout les damnés de la terre!
Debout les forçats de la faim!
La raison tonne en son cratère.
C'est l'éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout! debout!
Le monde va changer de base!
Nous ne sommes rien, soyons tout!
Refrain :
C'est la lutte finale,
Groupons-nous dès demain
L'Internationa a a le
Sera le genre humain.
...
L'idée d'un hymne ouvrier était dans l'air puisque l'on retrouve "Le chant de l'Internationale" signé Paul Burani et Alfred Isch-Wall à l'époque de la Commune. On comprend pourquoi celui de Pottier et Degeyter est passé à la postérité.
Le chant de l'Internationale
Le drapeau de l'Internationale
Sur l'univers est déployé,
C'est la révolution sociale (bis)
Par le travail et la fraternité.
...
Violette
La chanson a ceci de particulier, c'est que n'importe qui, n'importe quand, presque n'importe où peut, maîtrisant ou pas la technique, juste ou faux, chanter.
Beaucoup d'amateurs, au sens noble, possédant ce don de chanter juste et bien, souvent au sein d'associations, égaient de leur talent les après-midi de nos aînés. Je voulais simplement leur rendre hommage.
La période que j'ai choisi est tellement riche que quelques pages ne peuvent reproduire la totalité des créations ou événements. Mon choix, arbitraire bien sûr, restera cependant fidèle à la chronologie.
La naissance des variétés
Au cours du 19ème siècle, les airs populaires deviennent des chansons originales, souvent distractives que le peuple et même les bourgeois n'hésitent pas à chanter. C'est une nouvelle génération qui fera entrer la chanson dans l'ère des "variétés".
Au début, on chante au milieu des tables d'un café, accompagné par un piano. Peu à peu l'accompagnement s'enrichit d'autres instruments dont le violon. Le succès de ces chants improvisés aidant, on commence à s'organiser. Un certain Lorge est le pionnier de cette petite révolution. Il prend la direction de l'Eldorado, café-concert situé boulevard de Strasbourg, construit en 1858.
Le spectacle est composé de bons numéros encadrés par une vedette. Mais cette tête d'affiche n'est pas un chanteur ou une chanteuse. Il n'y en a pas encore d'assez connu pour remplir une salle. Lorge engage pour ce faire des transfuges de l'Opéra, de l'Opéra-comique ou du Théâtre, telle cette tragédienne, Cornélie, en rupture de la Comédie-Française, qui déclame les "Imprécations de Camille" et le "Songe d'Athalie" en robe du soir. La loi interdisait aux artistes de caf' conc' le port de vêtements spéciaux et d'accessoires en scène, privilèges réservés aux comédiens.
C'est Lorge qui, en 1867, réussit à faire supprimer cette loi stupide. Il décide Camille Doucet, directeur des théâtres, à autoriser les cafés-concerts à utiliser des costumes, à jouer des pièces et à montrer des intermèdes de danses et d'acrobaties. Le music-hall était né.
Les artistes de l'Eldorado
Thérésa
Thérésa engagée en 1863 par Lorge, directeur de l'Eldorado, donne dans la romance sentimentale. Un soir de Noël, elle interprète à la blague une bluette populaire : "Fleur des Alpes". Elle fait un triomphe et se fait débaucher par Goubert, directeur du café-concert, L'Alcazar. On l'appelle "la Rigolboche de la chansonnette".
Elle est riche, et surtout elle est devenue une très grande vedette. On lui écrit des chansons sur mesure. De nombreux compositeurs travaillent pour elle. Thérésa se monte un solide répertoire. On appellera cela plus tard 'un tour de chant". Elle triomphe tous les soirs avec : "rien n'est sacré pour un sapeur", "C'est dans l'nez qu'ça m'chatouille", "Les canards tyroliens" ou son plus grand succès, qui durera jusqu'en 1937 : "La femme à barbe".
Elle publie ses mémoires et change de répertoire. Traitée de "diva réaliste", elle fait pleurer son public avec "La terre" (paroles et musique de Jules Jouy) ou "La glu" (paroles Jean Richepin et musique de Georges Fragerolle). Thérésa donne en 1893 une soirée d'adieux et se retire dans la Sarthe où elle meurt en 1913. Elle a tenu la scène durant 40 ans. Ce fut la première grande vedette de variétés en France.
Il y avait du beau monde à l'Eldorado.
Joseph Darcier qui interprète des chansons de
Gustave Nadaud que Théophile Gautier surnomme "le Frédéric Lemaître de la chanson". Il y a aussi
Jules Pacra dont la veuve de son fils donne, en 1882 son nom au célèbre music-hall du boulevard Beaumarchais "Le concert Pacra", qui est aujourd'hui le Théâtre du Marais.
L'ex-ténor de l'Opéra,
Antoine Renard, reconverti dans le music-hall répondant aux voeux de son jeune collaborateur,
Jean-Baptiste Clément, lui fait la musique d'un texte de chanson qu'il lui propose. Ce qui donnera "".
Chretienno
Cette chanson devient l'hymne de tous les communards, de tous les ouvriers, de tous les malheureux terrassés par la répression de 1871, évoquant le souvenir de Louise, la célèbre ambulancière. Jean-Baptiste Clément consacre la majeure partie de ses activités à la cause socialiste révolutionnaire mais on lui doit aussi une chanson plus pacifique : "Dansons la capucine".
Adolphe Thiers, premier président de la 3ème République obtient la libération du territoire, mais amputé de quelques départements. Le peuple français reste meurtri et les chants revanchards sont de mise. Ainsi, Lorge (toujours patron de l'Eldorado) se console du départ de Thérésa et recrute
Marie-Thérèse Amiati. Celle-ci, malgré son immense succès voit arriver une concurrente en la personne d'
Alexandrine Chretienno qui réussit un coup de maître quand elle chante, pour son coup d'essai : "" de Villemer et Nazet sur une musique de Ben Tayoux.